Jean Duterroir

Il a été élevé dans une famille cauchoise très croyante dans les saints guérisseurs et la sorcellerie. Enfant de choeur, il tenait le bénitier pendant la récitation des évangiles par le curé de la paroisse dont l’église était dédiée à tous les saints.
Plus tard, sa profession de journaliste l’amena à connaître de nombreux cas de guérisons attribuées aux saints et il enquêta sur les lieux de pèlerinage de la région cauchoise.
Attaché à ses racines il n'a de cesse, de garder vivante la mémoire des cauchois qui ont su lui livrer à travers  leurs témoignages l'histoire d'une époque bientôt révolue.

C'était comment avant, une rubrique basée sur des témoignages


L’ancien mousse fabrique des caudrettes

Comme dans tous les villages de la côte, autrefois à la sortie de l’école à 14 ans, les garçons partaient en mer.

Robert  né en 1945 a commencé  comme mousse en 1959  sur l’Etoile du Sud, un chalutier de 42 mètres de l’Armement Lemaître de Fécamp, avec 22 hommes à bord, commandé par Simon Maurice d’Yport.

« Notre travail consistait à apporter le café aux hommes le matin avec le novice. Allumer le poêle, aller chercher les gamelles à la cuisine pour les repas.  Puis on descendait à la cale pour casser la glace, les 50 ou 60 tonnes embarquées pour conserver le poisson. Un travail difficile quand la glace fait bloc et que le poisson arrive, il faut assurer vite. Et avant de se coucher, vérifier que  les aiguilles sont bien effilées. C’était pas la joie. On partait pour 10 jours, deux jours à terre et on repartait. Les congés se prenaient  en juillet.

Pendant la traîne du chalut, c’est là que l’on pouvait se reposer un peu, mais le second m’apprenait à ramender les filets. A 16 ans j’avais la maîtrise de la technique.

Après novice, je suis passé matelot léger au bout de deux ans et  j’amarrais le cul du chalut, une grande  responsabilité que j’ai assurée pendant plus de dix ans. Ce serait une catastrophe si le poisson partait du chalut en traînant. »  

Entre temps, Robert exécute son service militaire dans la Marine Nationale, aux Iles du Levant, une belle période pour lui, précise-t-il.

 

Il embarque ensuite  sur « l’OTTER BANK »  un 48 mètres classique. Il mettait deux jours et demi à trois jours pour rejoindre le canal St Georges près de l’Irlande ou les Iles Féroé appartenant au Danemark. Pendant les 2 ou 3 jours de route, il fallait préparer le matériel pour la pêche. 

 

«  On livrait entre 50 et 6O tonnes de maquereaux à Douarnenez ou Boulogne-sur-Mer selon  notre zone de pêche. 

Quand le chalut était  plein, tout le monde était sur le pont, même  le patron caquait. Nous travaillions 40 ou 50 heures d’affilées. Il est même arrivé d’être sur le pont pendant 74 heures sans dormir pour accueillir 140 tonnes. Tant qu’il y avait du poisson, on y allait. Seulement un arrêt pour les repas avec des petites vacheries du cuisinier : viande le midi et poisson le soir et  du maquereau par-dessus le marché même si on en avait pêché des tonnes dans la journée, de quoi vous écoeurer. »    

 

Robert se souvient d’avoir souffert du froid et du mauvais temps, quand le poisson gelait sur le pont. La maniabilité était réduite, il en conserve à vie une trace sur un doigt. 

Lors d’une remontée de chalut, il a voulu enlever une cochonnerie prise dans le filet et son gant s’est accroché avec un bout de doigt  arraché pendant l’enroulement. Transporté à l’hôpital en Irlande, 58 fils ont été nécessaires pour rattacher les chairs et c’est à la clinique Cotin de Fécamp que sa guérison a été complète après deux mois à terre. Mais son bout de doigt n’a pas été récupéré,  jeté à la mer avec le gant, dans la panique de l’accident. 

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Marin pêcheur qualifié en 1971, il a du arrêter de naviguer pour cause de santé en 1974 et a appris la maçonnerie.

Mais la mer l’attire toujours, à la retraite, sa connaissance de ramendeur lui a permis de fabriquer des casiers, des caudrettes pour aller à la pêche aux rochers.   

Robert Lavenue montrant une caudrette