Pourquoi les saints guérisseurs

La religion chrétienne a honoré ses martyrs, des miracles leur ont été attribués, ils ont de ce fait, donné lieu à un culte souvent populaire d’abord, puis reconnu par’l’église ensuite et même encouragé. Les moines fondateurs des abbayes ont construit ensuite des églises paroissiales qu’il sont placées sous la protection des saints.

Le culte populaire a établi une dévotion en rapport avec le martyr du saint, exemple de Saint Laurent brûlé sur un gril, il est donc invoqué pour les brûlures ou Sainte Barbe qui a attiré le feu du ciel sur son bourreau de père, patronne des sapeurs pompiers.

Mais aussi le nom du saint, saint Hildevert pour les vers, Saint Léger pour avoir le pied léger (pour marcher),…Dans chaque village, il y avait toujours une personne spécialisée dans « les maux de saints »que l’on venait consulter. Les métiers se mettaient également sous la protection des saints, chaque profession avait son saint particulier. St Clément pour les marchands de cidre, dans l’almanach de Rouen de 1855 ; Ste Cécile pour les musiciens et chantres de paroisse ; Ste Marthe pour les peintres, sculpteurs et imagiers,…

Dans les campagnes, la vie quotidienne était rythmée par les saints, on déménageait à la St Michel ou on venait payer son terme au propriétaire,…à la saint Georges sème ton orge, à la Saint Marc il est trop tard ; à la Saint Matthieu, rentre tes vaches et tes boeufs ; à la saint Denis cueille tes fruits,…

Les saints ont pris une telle importance, à une époque, qu’ à tel point, que le Dr Fournée raconte qu’une vieille femme avait dit au curé en parlant d’un saint : « C’ti-là, Monsieur le Curé, est un saint fameux. Y en a qui disent qu’il érait ben été le bon Dieu s’il avait voulu, mais i voulit pas, pace que çà y érait donné trop d’embarras. »

Autrefois, en Pays de Caux, la méfiance envers les médecins et peut-être aussi le manque de moyens financiers amenaient les cauchois à se tourner vers les saints guérisseurs.

Aujourd’hui, pour les maladies difficiles à guérir, certains ont recours à nouveau aux saints.

 

La vie de quelques saints

Une exception parmi les saints : saint Michel, un archange

Tout le monde connaît saint Michel, cette expression : « à la Saint-Michel, tout le monde déménage » et autres dictons qui jalonnent la vie quotidienne surtout rurale. « A la Saint-Michel, la chaleur remonte au ciel. De Saint-Michel à la Toussaint le labour est en train, etc. » C’est une expression parmi les saints. Jusqu’alors nous avions affaire à des hommes, et là, c’est un ange. Regardons de plus près cette étrangeté. Les anges seraient des substances créées, spirituelles, douées de dons plus ou moins parfaits : Dieu, ayant voulu leur donner le ciel à titre de récompense, les fit intelligents et libres, leur donna sa grâce, et fit dépendre leur bonheur de leur obéissance. Enflés d’orgueil, un grand nombre refusèrent de lui obéir, et devinrent des démons, précipités en enfer pour toujours. Les anges fidèles furent confirmés en grâce et mis en possession du paradis où ils voient Dieu et l’aiment d’un amour parfait. Ils sont les ministres du Seigneur dans le gouvernement du monde. Les anges sont divisés en 9 chœurs : les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Archanges et les Anges. Les Anges sont plus spécialement chargés de missions divines auprès des hommes ; car le mot Ange signifie envoyé. Nous connaissons trois de ces envoyés célestes par leur nom propre : Michel, Gabriel, Raphaël. Michel, dont le nom veut dire qui est semblable à Dieu, est appelé le prince des anges, et il nous est représenté comme l’ennemi puissant de Lucifer révolté, le chassant de la présence de Dieu, lui et son armée d’anges déchus. Ce prince continue la guerre : dans l’Ancien Testament, on le vit apparaître pour terrasser les ennemis du peuple de Dieu. Il en est de même dans le nouveau ; il est honoré comme le chef des puissances surnaturelles. Il est l’Archange protecteur de l’Eglise. Saint Michel est en particulier le protecteur de la France.  Saint Michel est représenté terrassant du pied et de son épée le dragon, monstre diabolique. C’est pourquoi, dans une émission télévisée, « le dernier recours », nous avons pu voir un prêtre en train d’exorciser avec une épée dans la main en souvenir de saint Michel. 

Dans le livre  « La vérité sur l’exorcisme »de Mgr Franck Schaffner aux éditions « Les Textes Essentiels », 67, rue Cartier-Bresson 93500 PANTIN, l’auteur précise :  « J’utilise l’épée bénite et consacrée. Je trace avec trois signes de croix sur la personne…en prononçant les paroles d’un rituel à l’archange Michel… L’épée agit comme un paratonnerre, détruit les influences et les liens tissés dans l’occulte… ». D’ailleurs, tous les manuels de protection contre les éléments diaboliques contiennent une prière à saint Michel. J’ai rencontré chez beaucoup de Cauchois un petit feuillet intitulé « Exorcisme contre Satan et les anges rebelles publié par ordre de S.S. Léon XIII », qui était délivré par le directeur des Annales du Mont-Saint-Michel. Lieu célèbre pour les Normands. Mais nous en reparlerons lors d’un pèlerinage des Cauchois à cette abbaye dédiée au saint à l’histoire chargée. Je voudrais terminer en remerciant tous les lecteurs qui m’envoient des témoignages ou encouragent cette rubrique, je réponds à toutes les lettres, je citerai une lettre d’une lectrice de la région de Doudeville qui correspond très bien au ton de cette chronique : « Merci pour vos récits imagés, savoureux, ponctués de sages réflexions sur la foi en pays de Caux hier et aujourd’hui. Ménie Grégoire parlait avec regret des « Curés de Village » que personne ne remplace… que de presbytères vides à l’ombre de nos clochers ! La foi et la pratique de la foi sont liées mais différentes. La baisse de la foi et de la pratique religieuse, dans nos pays de chrétienté, trouvent-elles en partie leurs causes dans son besoin actuel de changement ? Vieux et jeunes ne vivent plus ensemble. La prière, la valeur du sacrifice, de la souffrance sont oubliées. La catéchèse actuelle devrait se souvenir de la longue histoire de la chrétienté qui a fait notre civilisation avec ses martyrs et ses saints. Puisse notre foi, tantôt intellectuelle ou tournée vers autrui ou plus sentimentale pour d’autres, nous trouver unis en Dieu dans la prière pour notre salut et celui du monde ».